Quel est l’origine de la croyance religieuse taoïste en Chine ?

Le taoïsme, est une philosophie chinoise que l’on attribue à Laozi ou Lao Tseu (V ième siècle av Jésus Christ), penseur éminent dans la culture chinoise. Elle contribue à alimenter les religions populaires dans les régions rurales pour ensuite devenir religion officielle sous la dynastie Tang. Le Taoïsme est donc à la fois une philosophie et une religion chinoise. Le taoïsme nous invite à vivre en harmonie avec la nature, à être en accord avec le Tao (Dao), qui correspond à la force cosmique animant toute chose dans l’univers.

Cette philosophie est née de l’observation du monde de la nature, et la religion s’est développée à partir de la croyance d’un équilibre cosmique maintenu et régulé par le Tao. La croyance originelle n’incluait sans doute pas des pratiques telles que le culte des ancêtres et des esprits. Cependant, ces deux principes sont observés par de nombreux taoïstes aujourd’hui et l’ont été pendant des siècles.

Le taoïsme a exercé une grande influence sous le dynastie des Tang (618-907 CE). L’empereur Xuanzong (régnant  de 712 à 756 CE) fait du taoïsme une religion d’Etat exigeant que les citoyens conservent chez eux des écrits taoïstes. La religion a perdu de son influence au fil du déclin de la dynastie des Tang. Elle est  remplacée ensuite par le Bouddhisme et le Confucianisme bien qu’elle soit pratiquée encore en Chine et dans le reste du monde.

Les origines du Taoïsme

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Lao Tseu est à l’origine du livre de la Voie et de la Vertu.

L’historien Sima Qian (145-86 Av Jc) raconte l’histoire de Laozi, un curateur à la librairie royale de l’Etat de Chu, qui était un philosophe naturelle. Laozi croyait en l’harmonie de toute chose et que les individus pouvaient vivre ensemble facilement s’ils faisaient attention aux sensibilités des uns et des autres et s’ils reconnaissaient que leur propre intérêt n’allait pas toujours dans le sens de celui des autres. Laozi est devenu impatient  avec ses congénères et avec la corruption dont il était témoin au gouvernement qui causait tant de peine et de souffrance. Il était tellement frustré de son incapacité à changer le comportements des individus qu’il a décidé de partir en exile.

Alors qu’il quittait la Chine par la voie de l’Ouest, le portier Yin Hsi le stoppe reconnaissant en lui le philosophe. Yin Hsi demande à Laozi d’écrire un livre pour lui avant qu’il ne quitte la civilisation pour toujours. Laozi accepte. Il s’assied sur un rocher près du portier et écrit le Tao Te King (Livre de la Voie).  Il arrête d’écrire lorsqu’il sent qu’il a finit, puis tend le livre à Yin Hsi et marche vers la voie de l’Ouest pour disparaître dans le brouillard. Sima Qian ne poursuit plus l’histoire après cela mais, l’on présume (si l’histoire est vrai) que Yin Hsi aurait par la suite copié et distribué le Daode jing.

Le Daode jing

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Extrait du Daode Jing, ou livre de la Voie et de la Vertu

Le Daode jing est l’un des textes sacrés du taoïsme. Il n’est pas un précepte. Il est un livre de poésie présentant la voie simple pour suivre le Tao et vivre une vie en paix avec soi-même les autres et le monde. Son écriture est parfois mystique, rendant toute interprétation ardue.

Voici un paragraphe représentatif, invitant le lecteur à mener une vie simple :

« Plié mais entier, courbé mais droit, vide mais rempli, usé mais neuf».

Daode Jing – Livre de la voie et de la vertu.

Au lieu de combattre contre la vie et les autres, nous pouvons tous simplement nous adapter aux circonstances et laisser de côté les choses sans importances.  Au lieu de toujours vouloir avoir raison, nous pouvons nous libérer de notre fierté afin de pouvoir apprendre des autres. Au lieu de s’attacher aux anciens systèmes de croyance et rester accroché au passé, nous pouvons tendre vers de nouvelles idées et de nouvelles façons de vivre.

Le Daode jing n’a probablement pas été écrit par Laozi sur la voie de l’Ouest et n’a certainement pas été écrit par lui du tout. Laozi n’a probablement pas existé et le Daode jing est une compilation de paroles écrites par un scribe inconnu. L’origine du livre et son auteur n’ont en réalité que peu d’importance.  Ce qui compte, c’est le propos du livre et son sens aux yeux du lecteur. Le Daode jing est une tentative pour rappeler aux êtres humains qu’ils sont connectés les uns aux autres et à la terre. Nous pouvons vivre ensemble en paix à condition de faire attention à l’impact de nos pensées et actions sur nous-même, notre entourage et la terre.

La notion Yin-Yang

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Le Yin et le Yang sont deux principes complémentaires à l’oeuvre dans les phénomènes du cosmos.

Une bonne raison de croire que Laozi n’était pas l’auteur du Daode jing, est que le cœur de la philosophie Taoïste s’est développée chez une classe paysanne de la dynastie des Shang (1600-1046 AV JC) longtemps avant les dates de Laozi. Au cours de la dynastie des Shang, la pratique de la divination est devenue populaire à travers la lecture d’os oraculaires prédisant la destinée de chacun. Lire les os oraculaires menait à des textes écrits appelés Yijing, ou Yi king, Classique des Changements (1250-1150 AV JC), ou livre des transformations. Ce livre fondateur de la pensée chinoise, est encore disponible actuellement. Il apporte au lecteur des interprétations sur certains hexagrammes ou trigrammes prédisant l’avenir.

Une personne pose une question puis jette un bâtons de millefeuille sur une surface plate. Le Yi jing est ensuite consulté pour répondre à la question de la personne en fonction des résultats. Les hexagrammes consistent en 6 lignes continues et lignes discontinues. Quand une personne regarde le motif réalisé par les bâtons de millefeuille, il trouve sa réponse en observant dans le livre les hexagrammes. La ligne discontinue et la ligne discontinue, le Yin et le Yang, étaient nécessaire pour la réponse car le principe du Yin et du Yang est nécessaire à la vie.

Bien que le taoïsme et le Daode jing n’étaient pas associés au départ avec les symboles du Yin et Yang, ils ont finit par l’être car la philosophe taoïste incarne le principe et la pensée Yin Yang. La vie doit être vécue de façon équilibrée comme l’exprime le symbole du Yin et du Yang. Le yin yang est le symbole de l’équilibre des forces opposées – sombre/clair, passif/agressif,  femelle/mal – tout à l’exception du bien et du mal, de la vie et de la mort, car la nature ne reconnaît rien de tel. Il n’y a pas de notion de bien et mal dans la nature, tout comme il n’y a pas de différence entre la vie et la mort. Tout est en harmonie dans la nature, et le taoïsme encourage les hommes à vivre selon ses lois.

Croyances

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Mer de nuages, vue du mont Wudang en Chine

Les autres textes chinois faisant référence au taoïsme sont le Zhuangzi (aussi connu comme le Zhuangzi, écrit par  Zhuang Zhou, 369-286 av jc), le Daozang de la dynastie des Tang (618-907 CE) et la dynastie des Sung (960-1234) qui ont été compilé ensuite sous la dynastie des Ming (1368-1644). Tous ces textes sont fondés sur la même observation des lois de la nature et la croyance que l’homme est naturellement bon. Il n’y a pas de mauvaise personne selon les principes taoïstes mais uniquement des personnes qui se comportent mal. En suivant les lois immuables de l’univers, tout le monde peut être une bonne personne vivant en harmonie avec la terre et les autres êtres humains.

Selon cette croyance, la voie du Tao est d’être en accord avec la nature. La résistance au Tao est contre-nature et cause des frictions. La meilleur façon de vivre, selon le taoïsme, est de se soumettre à tout ce que la vie nous apporte et s’y adapter. Si une personne s’adapte aux changements de la vie, cette personne sera heureuse ; si une personne résiste aux changements de la vie ; cette personne sera malheureuse. Le but ultime est de vivre au rythme de la voie du tao et reconnaître que tout ce qui arrive dans la vie doit être accepté comme une nécessité.

Taoïsme et confucianisme

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Temple de Confucius à Taiwan

Sous la dynastie des Shang, la philosophie taoïste s’est transformée en une religion de la classe paysanne vivant près de la nature. Le taoïsme a largement été influencé par les observations de la nature de ces populations. L’une des choses qu’elles ont incorporées est le concept d’éternité. Ainsi l’arbre qui semble mourir à la fin de l’automne revit au printemps. Elles ont ensuite conclu que lorsqu’une personne mourrait, elle ne disparaissait pas simplement mais continuait sa vie ailleurs.  Selon la croyance taoïste, nos ancêtres continuent ainsi de vivre dans un autre monde en présence des dieux.

Les confucéens partageaient cette même croyance et intégraient le culte des ancêtres dans leurs rites quotidiens.

Le culte des ancêtres est devenu un rituel taoïste à part entière, bien que le Dao De Jing ne le valide pas complètement. Même si le taoïsme et le confucianisme partagent de nombreuses croyances communes, ces deux religions sont différentes sur de nombreux aspects.

Pour Lao zi, plus on demande de régulation, plus on rend la vie difficile pour soi et les autres.  Si l’on apprend à se libérer des règles artificielles et régulations qui étaient censées améliorer la vie, plus l’on s’aperçoit que la vie s’équilibre naturellement en harmonie avec le Tao.

La pensée confucéenne en revanche valorise l’ordre et l’harmonie d’une société où chacun effectue bien son rôle. Confucius est apparu à une époque de division en Chine où des royaumes indépendants et belliqueux luttaient pour l’hégémonie du pouvoir. La dynastie Zhou ne jouait plus le rôle unificateur que lui attribuait le mandat céleste.  Confucius prônait le rétablissement du Mandat du Ciel, conférant la légitimité à l’empereur d’exercer le pouvoir. Les préceptes confucéens consistent ainsi en un ensemble de règles établies régissant la conduite et la morale.

Les rituels

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La croyance consistant à autoriser la vie à se dérouler en harmonie avec le Tao n’existe pas dans les rituels taoïstes. Les pratiques religieuses taoïstes sont totalement en accord avec la philosophie taoïste mais ont été influencées par le bouddhisme et les rites confucianistes. Elles sont aujourd’hui très élaborées. Chaque prière constituant un rituel taoïste doit être prononcée précisément et chaque étape du rituel observée parfaitement. Les cérémonies taoïstes sont présidées par un grand maitre. Ces fêtes peuvent durer de quelques jours à plus d’une semaine. Au cours de la liturgie, le grand maitre et son assistant  doivent réaliser et performer chaque action et récitation en accord avec la tradition.

Les rituels taoïstes sont fondés sur le culte des ancêtres du village, de la communauté ou de la ville. Le grand maitre invoque les esprits des ancêtres en même temps que l’encens brule pour purifier l’espace. La purification est un élément très important au cours du rituel. L’endroit profane de la vie de tous les jours doit être transformé en espace sacré afin d’inviter la communion avec les esprits et les dieux. Il y a habituellement 4 assistants accompagnant le grand maitre ayant différentes compétences. Ils peuvent être musiciens, écrivains, danseurs sacrés, ou lecteurs. Le grand maitre joue le texte en même temps que le lit l’un des moines assistants. Le texte traite de l’ascension de l’âme pour joindre les dieux et les ancêtres. Dans les temps anciens, le rituel était performé sur  un escalier menant à un autel afin de symboliser l’ascension d’un cadre commun à un niveau supérieur réservé au panthéon des dieux. De nos jours, le rituel peut être réalisé sur une estrade ou un parterre, et l’ascension du grand maître vers les divinités est implicite.

L’autel joue un rôle important dans le rituel car il est vu comme l’espace ou le royaume terrestre rencontre le divin. Les temples taoïstes ont leurs propres autels où les gens vont prier, faire une offrande et honorer leurs ancêtres, les esprits du foyer, et les esprits du village.

Le taoïsme encourage la prière individuelle dans les foyers, et les rituel et fêtes sont des évènements communautaires qui rassemblent toute la communauté d’un village.

Conclusion

Le taoïsme est un pilier de la pensée traditionnelle chinoise. Il fait parti avec le Bouddhisme et le confucianisme des trois grandes religions chinoises. Au cours de l’histoire de la civilisation chinoise, il a nourri tous les pans de la culture chinois de la médecine traditionnelle aux arts martiaux (Tai Chi, Qi Gong). Il est une voie vers le dépassement de l’ego menant à la non dualité de l’être. Son intérêt pour l’alchimie et la croyance aux immortels lui donne une dimension métaphysique.

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